Or, nous arrivons à 1875, année de la guerre carliste en Espagne pour le rétablissement de Don Carlos sur le trône. En France, Don Carlos a beaucoup de fidèles, après les révoltes communistes. Le garçon de 17 ans est informé de cette guerre par les journaux, aussitôt « son sang se met à battre dans ses artères », il a envie de partir pour l'Espagne... Il s'exécute : il laisse tomber ses études, la délégation parisienne de Don Carlos l'envoie à Tolosa de la Reine, puis à Guipuzcoa. Voici notre apprenti-Fabrice del Dongo de 1875 qui réussit à rencontrer Don Carlos même. Au début on se méfie de lui car il est français, mais il s'y accroche. On l'avait mis dans l'infanterie, mais comme il rêve de combattre sabre au poing et un bon cheval dans les jambes, il obtient bientôt la commande d'un peloton de cavalerie qui se compose de cinquante gaillards moustachus, vigoureux, d'apparence très militaire. Péroz « augurait bien de ces mâles visages », mais ses subordonnés se méfient de lui parce qu'il est français. Les officiers lui avaient prédit « Quant à vos hommes, choisissez le moment où vous serez seul avec eux très près de l'ennemi et cassez la tête à celui qui ne marchera pas ».(p. 208). Péroz s'exécute. Et les voici enfin dans la bataille ! « Nous nous abattons dans un grondement du sol, comme une trombe dans le flanc de la compagnie qui s'éparpille sous le choc. D'abord quelques coups de feu, puis la pétarade nourrie d'une tirerie à l'aventure. Des hululements, des vociférations (…) des cliquetis de fer (…) Des corps semés sur la route » ; l'attaque continue, mais on ne veut pas lui obéir. « Dégaine ou tu es mort » ordonne-t-il, en pointant son revolver sur le récalcitrant qui s'exécute. La bataille continue. « A demi aveuglé par la poudre, je sens cependant ma lame entrer avec une sorte de frémissement gras dans les chairs de ce nouvel assaillant ». A la fin de la bataille qu'ils ont gagnée, il s'aperçoit qu'il a quatre doigts gravement blessés « mais la blessure me rendait intéressant » ; - Des scènes de massacre sont fréquentes dans les deux partis ; des bandes errantes se joignent aux carlistes qui obligent par exemple les prisonniers ou les otages à sauter à travers des gouffres ; s'ils réussissent, ils ont la vie sauve, sinon ils sont jetés dans le gouffre à coups de crosse. Péroz s'y sent bien : « Enfin (p. 235) nous traversons le rideau de fumée âcre qui nous masque le but . Devant moi, tout près, apparaissent, tragiquement grandis, des alignements d'hommes aux visages convulsés, des étages de baïonnettes tendues, au bout desquelles jaillissent des souffles de feu. Aveuglé, étourdi, inconscient, je m'engouffre dans cette fournaise, les sens éperdus. Vaguement, je me rappelle avoir frappé à tour de bras du tranchant et de la pointe ». Après la bataille, tout le monde est agité, ils boivent. Un officier d'artillerie traite Péroz de mendiant : (p. 246) « Je me dresse brusquement, mon verre à la main. D'un geste brutal, j'en lance le contenu au visage de l'artilleur qui, la barbe toute saupoudrée de gouttelettes, se jette sur moi en hurlant de colère. On nous sépare au milieu d'un cliquetis de verres qui se cassent, de vaisselle qui dégringole, dans une clameur de jurons et de menaces. Exaltés comme nous l'étions tous, l'affaire ne pouvait pas traîner. Nous avions dégainé » mais à la fin, à cause de sa blessure, le duel aura lieu au revolver, dans la nuit noire, à la lueur vacillante des bougies ; il peut à peine soulever le revolver à cause de sa blessure. Hélas, ce duel finit mal : l'adversaire tombe dans un sommeil profond en ronflant.
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